[RISITAS] Comment je suis devenu prof…

L’auteur

Auteur: Hypo_Prof

Topic: [RISITAS] Comment je suis devenu prof…

Le Risitas

Note: en une quinzaine de chapitres (si ça vous plaît) mon parcours de la Terminale L à mon métier actuel: prof. Anecdotes de prépa, d’université mais aussi de classe. Etant donné que je suis en début de carrière et que j’ai enseigné dans les pires endroits, il y a matière à Risiter.

Chapitre I: en route vers l’élite

L’année de Terminale L a été ignoble et tu as souhaité quelques fois que certains élèves de ta classe se fassent répandre bien salement par un 10 tonnes en sortant du lycée.

Il y a notamment deux exs à toi dans la classe (tu es vaguement sorti avec elles en 1ère, sans réussir les baiser… critical fail).

Elles sont désormais les meilleures amies du monde.

Et se foutent ouvertement de ta gueule dès qu’elles en ont l’opportunité.

Tu as aussi mis des vents monumentaux (avec le manque de tact légendaire qui te caractérise à l’époque) à deux 3/10 de cette même classe qui te haïssent cordialement, comme toutes les femmes moches, féministes et blessées.

Tu es seulement un 7/10 (alors que les 9/10 pullulent en S et ES) mais les 8 autres mecs de la classe (à l’exception d’un seul dont il sera question plus tard) sont des obèses timides ou des phasmes no-life: aucune concurrence locale.

Il y a notamment ce camarade rachitique, gothique, nihiliste et kikoo-japiste qui s’isole à toutes les récréations (sans ami) pour lire du Spinoza, du Kant et du Nietzsche. Il se prend pour le nouveau Descartes, mais il ramasse 02/20 à toutes ses dissertations de philo.

Un jour tu recupères l’une de ses copies (curiosité malsaine, exotisme intellectuel) parce qu’il est absent. Un putain de verbiage incompréhensible, brouilloné et boursouflé de citations douteuses plaquées bout à bout sans aucune idée directrice. Commentaire assassin de la prof de philo, excédée: “Mais pourquoi ne pas penser?”

Ce camarade, sympathique au demeurant, foirera ses études, multipliera les petits boulots bidons et passera la décennie suivante à jouer l’attention-whore, en postant des poèmes larmoyants et suicidaires sur FB pour mendier des likes.

Il y a aussi ce grand dadet (une putain de force de la nature: 2m – 100kg) qui est pourtant diabétique et perpétuellement en hypoglycémie. Il se balade constamment avec son litron de jus de fruit et son joint chargé à bloc. Parfois tu fumes un ou deux pilons avec lui dans le fond de la cour, mais uniquement avant un cours d’espagnol parce que c’est une sous-matière (tu le regretteras par la suite).

Ce type est sympa mais te feras quand même un sacré petit coup de pute:

Il te demanderas un jour s’il peut sortir avec l’une de tes exs.

L’une de celles qui se fout de ta gueule.

L’une de celles que tu n’as pas baisée.

Tu es une bonne pâte.
Tu réponds que oui, bien sûr, pas de soucis.
Tu es au-dessus de tout ça.
Le passé c’est le passé.

En réalité, ça t’emmerde profondément.

Un autre jour, entre deux lattes, il t’avouera qu’elle aime surtout la sodomie.
Tu ne lui parleras plus trop après ça.

La plupart de tes bons potes sont en Terminale S (ils deviendront tous ingénieurs, médecins ou avocats). Chez eux, l’ambiance est délicieuse. Ils multiplient les soirées (que tu squattes) et les sorties… Le lycée leur a offert un voyage au ski.

Les L font une demi-journée au Louvre.

Les S font une semaine à Courchevel.

On soigne l’élite!

Mais dans le fond, tu t’en fous. Tu es devenu un vrai moine, tu n’as fait que travailler comme un acharné. Ta console prend la poussière dans une étagère. Tu majores TOUTES les matières, et particulièrement la philosophie avec un glorieux 18/20 de moyenne. La prof de philo voit en toi un esprit supérieur, le futur Michel Foucault (version hétérosexuelle).

L’objectif c’est évidemment la prépa. Une prépa assez prestigieuse en région parisienne et ensuite l’ENS ULM ou Lyon.

Tu envoies ton dossier (bulletin de 1ère et de Terminale et notes du bac français) à cette prépa. Un dossier en béton armé dans lesquels les profs jouissent carrément sur ta pomme: “élève brillant, cultivé, inventif, d’une curiosité rafraîchissante”. En relisant tout ça, tu t’humidifies le fondement. Tu le sens bien.

Tu ignores cependant ce qui t’attend!