PARTIE 2 :

Vers novembre, Clémence (la nympho de province) entame une relation avec Thibaut. Comme ça, comme une envie de pisser. Alors qu’en septembre la donzelle n’arrêtait pas de parler de son « chéri avec qui tout se passe bien… ». Toutes des sauf les kheys, toutes des sauf.

Et on arrive fin mars. Tu fêtes dignement tes 18 ans, la majorité est là, tu te sens tel un thug de banlieue qui commettrait son premier délit.

Le monde t’attend, tu es prêt à la conquérir. Boire de l’alcool, mater du porno, tout ça est enfin accessible. AH NON TU LE FAISAIS DÉJÀ AVANT ÇA.

Et un premier uppercut dans ta gueule vient te percuter au détour du 27 mars.

Tu es invité à l’anniv de Marianne la boulotte

Tes potos de l’université sont de la partie. Tu prends le train pour te rendre dans un obscur (mais chic) coin de la banlieue parisienne

Tu prends le train avec Clémence et Thibaut. Le couple insupportable dans toute sa splendeur. Elle est collée à son copain comme une merde au cul d’un chien

Ils papillonnent des yeux, et te font bien tenir la chandelle pire que les mecs à tête de lion dans Fort Boyard

Ils parlent de mariage et d’être toujours ensemble alors qu’ils sont ensemble depuis cinq mois… tu as beau savoir que tout cela n’est qu’une belle couche de diarrhée saupoudrée d’immaturité adolescente, tu ne peux t’empêcher de déprimer à les écouter.

Ton pucelage te gratte comme la puce à l’oreille du clébard, mais tu fais semblant de rien. Tu tiens bon, et tu souris.

Tu arrives à la soirée, le pire est à venir…

C’est le genre de soirée que tu détestes. Tu ne connais personne à part ton hôte et les quelques pélos avec qui tu es venu. La grande maison grouille de mondes, les enceintes dégueulent la dernière dance-pop à la mode.

Y’a bien une vingtaine de personnes, et tu ne connais presque personne. Tu soupires déjà l’idée d’enchaîner des politesses inspides à la manière de deux tennismen senior sous Xanax, du genre :
-Alors, comment tu connais Marianne ?
-Oh bah je suis un pote de fac et toi ?
-Moi je suis un pote de colo
-Ah, c’est cool…
-Ouais…
-Ouais…

Deux points positifs à noter cependant : le buffet a l’air bien garni ET y’a quand même pas mal de nanas bien gaulées qui portent des petites robes pas vilaines

En conclusion : à l’assaut.

Tu te gaves au buffet, tu fais genre de causer avec quelques personnes pour ne pas passer pour l’associal de base

Tu siphonnes le bon nombre de bières pour marcher tel le parfait funambule, sur le mince fil qui sépare la zone « buff assurance et confiance en soi » du précipice « gros déchet qui dégobille dans le piano »

Ainsi chauffé, tu t’en vas draguer de la donzelle.

Et là !

Tu vois cette fille. Rousse, regard de braise, d’adorables épéhélides sur le visage, bref totalement ton style.
Ta teub te dit : « Vas-y ! »
Tes jambes te disent : « Vas-y ! »
Ton cœur te dit : « Vas-y ! »
Ton cerveau te dit : « Vas-y ! »

Face à cette unanimité anatomique particulièrement rare chez le mâle en milieu urbain, tu décides de te lancer

Seul petit hic : elle est en train de s’amuser sur le dancefloor, et tu détestes danser. Tant pis. Tu t’approches et tu te trémousses du mieux que tu peux. Ça a l’air de faire l’affaire, personne n’a l’air de te faire des yeux de merlan frit

ET LÀ IL SE PASSE UN TRUC DE FIFOU.

Sweet ?

La rousse qui te plaît bien t’accorde son attention ! Elle s’appelle Laurène, rit à quasi toutes tes blagues, te sourit.

Vous discutez tout en dansant, et vous vous trouvez plein de points communs. À tel point qu’au bout d’un moment vous ne dansez plus vraiment, vous piétinez en rythme au milieu de la piste en ne vous quittant pas des yeux.

Au vu de cette situation un peu ridicule, tu t’entends lui dire :
-Bon c’est pas top… on bouge sur le canapé pour discuter ?
-Ok…

PUTAIN. PUTAIN elle a accepté.

« Mais qu’est-ce qui se passe, bordel ? Sur quel bouton j’ai appuyé pour que cette femelle fasse tout ce que je lui dise ? » penses-tu, complètement sonné par cet enchaînement d’événements totalement successful.

Vous vous posez tous les deux sur le canapé, tu la prends dans tes bras, lui fais de petites caresses dans les cheveux, te colles à elle pendant que vous continuez de discuter

Elle a pas l’air de détester ça la gueuse

Vous êtes dans le salon, donc pas complètement en privé, donc tu n’oses pas essayer des trucs trop sales. Mais tu sens que le Saint-Palot n’est pas loin, ton premier bisou de vrai mâle putain !

T’es plus proche de la galoche que le ballon était proche de la ligne de but après le penalty de Trézeguet en 2006 face à l’Italie (never forget )

Mais comme le penalty de Trézeguet, ça se joue à rien. Il se fait tard, une partie des invités (dont Laurène) s’en va

Tu paniques, tu n’oses pas demander un 06 ni quoi que ce soit d’autre

Toi, tu fais partie de ceux qui restent dormir, et tu passes une bonne nuit de merde. Il ne te reste plus qu’à mettre fin prématurément à cette divine séance de câlins pour la regarder partir. Fin de partie.

Tu passes ta journée (un dimanche en plus) à errer dans les rues de Paris comme un sac poubelle porté par un courant d’air pollué

Mais la partie n’est pas totalement finie ! Tu rajoutes Laurène sur Facebook, et tel un cyber-lover, fort de votre premier contact plutôt sensuel, tu lui envoies un MP pour demander à la revoir.

Un jour passe, deux trois, quatre et puis cinq. À l’époque les « seen » n’existaient pas sur FB, on pouvait donc imaginer à peu près ce qu’on voulait pour expliquer l’absence de réponse

Et puis, face à tant d’angoisse cyber-épistolaire, tu te décides à la relancer, piteusement. « Hello, Laurène n’aurais-tu pas reçu mon précédent message ? »

Une réponse finit enfin par venir. Laconique, froide et dénuée d’émoticônes ou de quoi que ce soit qui pourrait faire passer un peu de chaleur humaine.

« Si. Juste que j’savais pas quoi répondre. » Cinq minutes passent, puis viens le finish him : « J’suis juste amoureuse de quelqu’un en ce moment. Donc m’attend pas. Désolé. »

Glacial, mais honnête. Tel un bon cuck, tu la remercies de sa sincérité et tu commences à t’installer dans une petite déprime. Mais le meilleur (ou le pire) est véritablement à venir…

Hé oui, parce que début avril (quelques jours après, donc), Clémence se sépare de Thibaut

La rupture se passe sans trop de soucis, et ne fait pas spécialement de vagues. Donc tu dis que la vie continue. Au fil des jours, Clémence devient peu à peu ta complice et te console d’avoir lamentablement bidé auprès de Laurène

Sauf qu’elle ne fait pas te consoler, en fait. Le lundi 12 avril – tu t’en souviendras toute ta vie – , elle te fait une espèce de déclaration d’amour à demi-mots sur MSN(oui oui j’ai bien dit MSN)

Tel l’anchois pris sur la ligne phallique du pêcheur viril, tu décolles sur un petit nuage

Tu te souviens encore entendre tes parents t’appeler à dîner, et toi, à table, avec ton sourire niais et du bonheur plein la gueule. Tu passes une soirée merveilleuse et tu t’endors léger comme une plume de goéland anorexique au RSA

Le lendemain, paradoxalement, Clémence agit de façon relativement distante à la fac. Mais une fois l’après-midi venue, vous discutez encore beaucoup et elle se montre décidément très attachée.

À force de discuter, elle commence à envisager l’idée de t’héberger chez elle ce soir. Toi tu commences à plus te sentir.

Mais elle hésite, trouve des arguments bidon, mais tu sens qu’elle n’en pense pas un mot, et que c’est une façon déguisée de t’inviter avec encore plus d’insistance. Et puis la décision est prise : viens, mes grands-parents ne sont pas là.

Sainte-Merde.

Il est déjà assez tard quand tu décides de quitter la maison familiale. On est mardi, tu as cours demain et tu as déjà dîné. Quelle excuse vas-tu trouver pour faire le mur ?

« Papa, maman, je vais chez mon pote de la fac Thibaut pour réviser un contrôle de phonétique, ça sera plus pratique de travailler à deux ha ha »

Pire excuse d’Europe. Plus gros que Guy Carlier qui fait de l’aérophagie en réalité virtuelle, et pourtant… ça passe.

Merci Papa, merci Maman, grâce à vous ce soir je serai un vrai mâle.

Petite précision : tu habites en banlieue ouest, et Clémence… tout à l’est

C’est donc le cœur plein d’amour et la bravoure en bandoulière que tu chevauches ton destrier de fer (le RER, pour ceux qui auraient pas compris) pour aller rejoindre ta dulcinée.

Le trajet est long, mais c’est le genre de moments dont on se souvient dans ses moindres détails une vie durant. Ce que tu as bouffé ce soir-là, le t-shirt que tu portais, la musique que tu as écouté sur le trajet…

Bref. Environ 1h30 après avoir claqué la porte de chez toi et menti honteusement à tes deux géniteurs, te voilà au find fond de l’est parisien, dans une banlieue grise et miteuse. Il fait déjà nuit, et un léger crachin s’abat en continu sur le pavé.

Mais qu’importe !
À peine émergé du métro, voilà que vient à ta rencontre Clémence, armée d’un parapluie et un sourire aux lèvres. Ton petit cœur de romantique en chavirerait presque. Vous partez bras-dessus-bras-dessous rejoindre sa maison, et c’est probablement l’un des plus beaux moments de ta vie.